L'Orgue de Riepp de la Collégiale de Dole

L'orgue de la Collégiale Notre-Dame de Dole, souvent désigné comme l'orgue de Riepp, est un instrument emblématique du XVIIIe siècle, considéré comme l'un des rares survivants miraculés de l'orgue classique français. 

Construit par Karl Joseph Riepp (également connu sous le nom de Charles-Joseph Riepp, 1710-1775), un facteur d'orgues d'origine souabe (Allemagne) établi à Dijon, il témoigne d'une fusion entre traditions françaises et germaniques. Avec environ 3 500 tuyaux, 61 jeux et 82 rangs, il est installé sur une tribune Renaissance sculptée par Denys Le Rupt (1560-1568). L'orgue est classé monument historique (plusieurs protections Palissy : PM39003582, PM39000463, PM39000492, PM39000460) et est entretenu par l'Association des Amis de l'Orgue de Dole. 

Antécédents : L'Orgue Précédent (XVIe-XVIIIe siècles)

Avant l'orgue de Riepp, la collégiale possédait un instrument plus ancien, installé vers 1565 sur une tribune du transept sud. En 1688, il comptait au moins deux claviers, mais il se dégrada progressivement. Vers 1730, il n'avait plus qu'un clavier de 45 notes et 9 jeux, avec un seul pour la pédale. Des plaintes sur son état délabré menèrent à la décision de le remplacer en 1750.

Construction (1750-1754)

En 1750, Karl Joseph Riepp reçoit la commande d'un orgue de 16 pieds à quatre claviers (Grand-Orgue, Positif de dos, Récit, Écho) et pédalier pour la collégiale. À cette époque, Riepp avait déjà réalisé ou reconstruit une douzaine d'instruments en Bourgogne et Franche-Comté, dont celui de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon. La construction dure jusqu'en 1754, avec un buffet double en chêne sculpté par l'atelier Attiret (menuisier Claude-François Attiret) et orné par le sculpteur Michel Devosges (ou Devoges), incluant des atlantes, des anges et des chérubins musiciens. L'instrument compte environ 40 jeux, suivant majoritairement les pratiques françaises, mais avec des éléments germaniques comme la construction des soufflets et une bombarde en bois à la pédale. Il est presque achevé à Pâques 1753, permettant au jeune organiste Jean-François Tapray de l'inaugurer. Après ce projet, Riepp retourne en Souabe, où il construit notamment les orgues de l'abbaye d'Ottobeuren.

Premières Modifications (1778)

En 1778, les successeurs de Riepp, Joseph Rabiny et Louis Weber, interviennent suite à des dégâts causés par un orage. Ils ajoutent des trompettes et enrichissent la cymbale du Grand-Orgue, effectuant des modifications mineures pour renforcer l'instrument.

Améliorations Majeures (1787)

En 1787, François Callinet renforce la puissance de l'orgue en augmentant la capacité de la soufflerie et en renouvelant tous les jeux d'anches, créant le "grand jeu" imposant qui caractérise l'instrument aujourd'hui. Il enrichit le Récit (ajout d'un bourdon, flûte et hautbois), l'Écho (flûte 8') et ajoute des anches au Grand-Orgue.

Période Révolutionnaire et Ajouts (Fin XVIIIe-Début XIXe siècles)

Après la Révolution, Antoine Lerouge intègre des jeux provenant de l'orgue de Riepp du couvent des Bernardines, comme un cornet, une trompette et un basson au Positif. Le basson est plus tard remplacé par un cromorne, peut-être du même couvent, par Louis Chavan.

Extensions (1830 et 1854-1856)

En 1830, les frères Joseph et Xavier Stiehr (d'Alsace) agrandissent l'orgue : ajout d'un grand Récit de 54 notes (avec gambe et salicional), extension de la pédale (violoncelle et gambe), portant le total à 58 jeux. Ils installent de grandes draperies latérales pour masquer les tuyaux de pédale déplacés hors du buffet, et ajoutent des sommiers neufs pour le Récit et l'Écho à l'arrière de la tribune. En 1854-1856, Xavier Stiehr et Félix Mockers portent les jeux à 63, relocalisent les sommiers de pédale et remplacent les huit soufflets cunéiformes originaux par un système de type Walcker. Ces ajouts incluent des jeux modernes comme des gambes, salicional et flûtes coniques, tout en conservant une technique classique.

Interventions du XXe Siècle

  • 1920 : Charles Mutin remplace les pompes Walcker par deux soufflets parallèles pour la soufflerie.
  • 1958 : Restauration par Philippe Hartmann, assisté de Jacques Béraza et Michel Chapuis : travaux de préservation et reclassement partiel des tuyauteries pour rapprocher le son des deux premiers claviers (Positif et Grand-Orgue) de l'état de 1787. L'orgue reste inchangé pendant un siècle environ.
  • 1992 : Jean Deloye ajoute six nouveaux soufflets cunéiformes pour compléter la soufflerie de 1920.

Caractéristiques Actuelles et Événements Notables

Depuis 1964, l'orgue est accordé en tempérament inégal, avec un diapason de 415 Hz à 10°C. Il dispose d'une traction mécanique suspendue, d'un pédalier allemand droit de 25 notes, sans tirasse, et d'une console en fenêtre. Les tremblants de l'Écho et du Récit sont hors service, mais l'instrument est en bon état général, jouable avec des défauts mineurs. Il appartient à la commune de Dole et est géré par l'Association des Amis de l'Orgue de Dole.

Parmi les événements notables, l'orgue a inspiré des figures comme Pierre Pfister, titulaire depuis 2017, qui le décrit comme un instrument "magique". Des concerts, comme "Le voyage de Karl Joseph Riepp", y sont organisés. Malgré les usures et la poussière accumulées, il offre un "miracle sonore" unique, amplifié par l'acoustique exceptionnelle de la collégiale, et reste un témoin précieux de l'art organistique classique français.


Philippe Hartmann, restaurateur de l'orgue de Riepp de Dole


Philippe Hartmann, né en janvier 1928 au Havre et décédé en 2014 dans la même ville, est un facteur d'orgues français reconnu pour son expertise en restauration, entretien et harmonisation d'instruments historiques. Il épouse Edith Rousselet en 1980, avec qui il a deux enfants. Sa formation musicale commence par le piano à l'Institut Beethoven-Mathiot, la harmonie au Conservatoire du Mans et l'orgue à Strasbourg pendant son service militaire. Il effectue des apprentissages chez Gaston Gustchen Ritter (1946-1949) et Victor Gonzalez (1950), avant d'ouvrir son atelier à Rainans (Jura) en 1950. Il déménage ensuite à Audelange en 1970, puis retourne au Havre en 1980, où il se concentre sur l'harmonisation jusqu'à la fermeture de son entreprise en 1988. Il travaille ensuite pour la maison Haerpfer jusqu'à sa retraite en 1992. Malgré des difficultés financières et de gestion dès les années 1960, qui nécessitent l'aide de collègues et de sa famille, Hartmann est réputé pour son approche pratique et pédagogique, partageant ses connaissances malgré des critiques de pairs. Son fonds d'archives, donné par sa veuve en 2016 aux Archives départementales du Jura, documente une carrière centrée sur la préservation du patrimoine organistique, avec des dossiers couvrant des chantiers de 1956 à 2011.

Travaux Généraux en tant que Facteur d'Orgues

L'essentiel de l'activité de Philippe Hartmann porte sur l'entretien, la restauration et l'harmonisation d'orgues (ajustements acoustiques en fonction du lieu), avec une réputation particulière pour cette dernière compétence. Il crée également de petits orgues d'église et d'étude pour des particuliers. Ses chantiers s'étendent à travers la France (églises, conservatoires, salles de concert) et à l'étranger, avec une approche géographique documentée par départements et communes. Parmi ses réalisations notables :

  • Chapelle de Vaux-sur-Poligny : Un des premiers orgues modernes avec mécanique suspendue.
  • Reconstructions : Orgues de Bourg-en-Bresse, Luxeuil et l'abbatiale de Tournus.
  • Restauration : Orgue de Semur-en-Auxois.
  • Collaborations : Travaux fréquents avec Jean Deloye (qui deviendra son successeur), Théo Haerpfer (abbaye de Valloires), et Alfred Kern (grand orgue de Saint-Séverin à Paris en 1960).
  • Autres projets : Orgue de la basilique Saint-Joseph-des-Fins à Annecy (éléments d'un orgue Stiehr), orgue de Saint-Bertrand-de-Comminges, et interventions internationales comme à Beyrouth (Liban) et Hamamatsu (Japon).

Hartmann collabore aussi à des expertises et à des publications, comme des articles sur la facture d'orgues, et participe à des projets avec des figures comme Marie-Claire Alain pour l'enregistrement d'œuvres à Valloires. Son fonds inclut des correspondances, plans, notes techniques et photographies, témoignant d'un engagement pour la subtilité baroque et la transmission du savoir.

Travaux sur l'Orgue de Riepp de la Collégiale de Dole

L'orgue de Karl Joseph Riepp (1754) de la Collégiale Notre-Dame de Dole, classé monument historique, est l'un des chantiers emblématiques de Hartmann, qu'il admire particulièrement pour ses qualités acoustiques et historiques. Ses interventions s'étendent de 1958 à 1977, avec un focus sur la sauvegarde et la reclassification partielle des tuyauteries pour rapprocher l'instrument de son état du XVIIIe siècle, tout en préservant son mélange de traditions françaises et germaniques.

  • 1958-1959 : Restauration d'urgence et reclassification : Face à des dommages causés par du vernis de 1855 infiltré dans les tuyaux lors d'un nettoyage (affectant valves, diapason et jeux d'anches), Hartmann entreprend des travaux de sauvegarde. Un rapport du 4 octobre 1958 détaille les problèmes, notamment sur les anches du Grand-Orgue, Positif et Pédale. Le 17 octobre 1958, il fournit un devis de 500 000 anciens francs pour nettoyer, réparer et refaire des pièces manquantes, avec des coûts supplémentaires pour la main-d'œuvre couverts par la paroisse. Sans modifier la mécanique (intacte depuis 1856), il recompose l'instrument pour mettre en valeur ses éléments du XVIIIe siècle : suppression de certains jeux de 8 pieds (Gambes, jeux de Fonds) au Grand-Orgue et Positif, regroupement des anches selon le schéma de François Callinet (1787), reconstitution du Bourdon 8' et de la Quarte du Grand-Orgue, réharmonisation et accord en tempérament inégal. Les travaux, financés localement malgré des suggestions d'aide étatique, sont achevés en 1959.
  • Collaborateurs : Michel Chapuis (organiste dolois, consultant pour l'état du XVIIIe siècle) et Jacques Béraza (titulaire de l'orgue depuis 1955).
  • Suites et entretiens : Des maintenances ultérieures jusqu'en 1977, documentées dans ses archives. En 1992, Jean Deloye (collaborateur) ajoute six soufflets cunéiformes. En 2015, Deloye restaure les soufflets et répare des tuyaux, mais ces travaux ne sont pas directement attribués à Hartmann.

Ces interventions, soutenues par l'Association des Amis de l'Orgue de Dole (réactivée dans les années 1950), sauvent l'instrument d'une dégradation avancée et en font un "miracle sonore" pour les interprètes baroques. Hartmann contribue aussi à la documentation, comme dans l'ouvrage L’Orgue de Dole (1995, co-écrit avec Béraza et al.).


Michel Chapuis, organiste de renommée internationale 

Michel Chapuis a assisté Phillipe Hartmann, avec Jacques Béraza, pour la restauration l'orgue de Riepp de Dole



Michel Chapuis, né le 15 janvier 1930 à Dole (Jura) et décédé le 12 novembre 2017 dans la même ville, est un organiste français renommé, concertiste, improvisateur, pédagogue et expert en organologie. Originaire de Dole, il est étroitement lié à la Collégiale Notre-Dame de cette ville, où il a contribué à la restauration de l'orgue Riepp en 1958, aux côtés de Philippe Hartmann et Jacques Béraza, en tant que consultant pour rapprocher l'instrument de son état du XVIIIe siècle. Bien qu'il n'ait pas été titulaire permanent de cet orgue, son rôle de "Maître des Orgues" honoraire reflète son attachement à ce patrimoine local, qu'il a défendu dans le cadre de ses engagements pour la préservation des orgues historiques. Sa carrière, marquée par une expertise dans l'interprétation de la musique baroque française et allemande, s'est particulièrement illustrée sur la scène internationale à partir des années 1960, avec des concerts, enregistrements, masterclasses et une influence pédagogique mondiale.

Formation et Débuts en France

Michel Chapuis commence son initiation à l'orgue avant 1946 auprès de Jeanne Marguillard, organiste de la cathédrale de Besançon. De 1946 à 1950, il étudie à l'École César Franck à Paris avec René Malherbe et Édouard Souberbielle. En 1950-1951, il intègre le Conservatoire de Paris dans la classe de Marcel Dupré, où il obtient le Premier prix d'interprétation et d'improvisation. Parallèlement, il effectue un stage en facture d'orgues chez Müller à Saint-Germain-en-Laye (1951-1953), ce qui forge son expertise technique. Ses premiers postes incluent titulaire à Saint-Germain-l'Auxerrois (1951-1954), Saint-Nicolas-des-Champs (1954-1970), orgue de chœur de Notre-Dame de Paris (1954-1963), et co-titulaire à Saint-Séverin (à partir de 1964). De 1995 à 2010, il est titulaire de l'orgue de la Chapelle royale du château de Versailles. Ces rôles parisiens lui permettent de s'immerger dans la liturgie et l'improvisation, tout en participant à des concerts et accompagnements, comme avec la chorale de l'abbé Hoch au Théâtre des Champs-Élysées.

Pionnier du renouveau baroque, Chapuis remet en question l'organologie des années 1930 avec des collègues comme Francis Chapelet, André Isoir et Xavier Darasse. En 1958, il présente une conférence révolutionnaire sur les "notes inégales" à Saint-Nicolas-des-Champs, influençant des figures comme Marie-Claire Alain. Il fonde en 1967 l'Association française pour la sauvegarde de l'orgue ancien (A.F.S.O.A.), promouvant la protection et la restauration d'instruments historiques en France et à l'étranger, y compris en Allemagne.

Carrière Internationale

La carrière internationale de Michel Chapuis débute véritablement en 1963, lorsqu'il remporte le Concours international J.S. Bach de Gand (Belgique), marquant le lancement de ses tournées mondiales et de sa promotion de l'école française d'orgue. Il se produit en concert à travers l'Europe, les États-Unis, la Russie et le Japon, interprétant des répertoires baroques français (Titelouze, Couperin, Grigny, Marchand) et allemands (Bach, Buxtehude). Parmi les moments phares : un récital à la Northwestern University (États-Unis) en 1968, à l'Université de Chicago en 1978, au NKH Hall de Tokyo en 1976, et des inaugurations d'orgues Aubertin au Japon en 1993, 1999 et 2003. En 1981, son interprétation des "Chorals de Leipzig" de Bach à Saint-Bertrand-de-Comminges est acclamée pour sa clarté, comparée à celle de Helmut Walcha.

Ses enregistrements renforcent son rayonnement global : l'intégrale des œuvres pour orgue de Bach (14 CD, United Archives, 1966-1970 et 1999), réalisée sur des instruments historiques européens, est considérée comme l'une des meilleures. Il grave également l'intégrale de Buxtehude (CD Valois, 2017), des œuvres de Charpentier, du Mage, Clérambault, Dandrieu et Guilain, souvent sur des orgues comme celui de la cathédrale d'Auch ou de la Chapelle royale de Versailles. Ces disques, primés (Grand Prix du Disque), font découvrir la musique française baroque au public international.

En tant que pédagogue, Chapuis enseigne au Conservatoire de Strasbourg (1956-1979), de Besançon (1979-1986), au CNSM de Paris (1986-1995, succédant à Rolande Falcinelli) et au Conservatoire de Besançon (1995). Il dirige des masterclasses en Allemagne, aux États-Unis et au Japon, attirant des élèves internationaux comme Scott Ross, Thierry Escaich, François-Henri Houbart, Yves Castagnet, Michel Bouvard, Vincent Warnier, Marina Tchebourkina et Akiko Kan Dieu. Son enseignement, axé sur l'interprétation historique, l'ornementation et les registrations, forme des générations d'organistes mondiaux. Il voyage en Allemagne et aux États-Unis pour étudier l'improvisation locale, enrichissant sa pratique.

Michel Chapuis laisse un héritage international comme maître de l'orgue classique français, promoteur de la musique ancienne et défenseur du patrimoine organistique. Passionné par l'harmonium, il est président d'honneur de la Fédération française des amis de l'harmonium (FFAH). Sa mort en 2017 marque la fin d'une ère, mais son influence perdure.


Issu de la chaîne Youtube de l'organiste Frédéric Munoz (https://www.youtube.com/channel/UCosRxCIxcot7Pckrd2JnKIg)
Les Splendeurs de l'Orgue de Dole grâce aux photos originales d'Antoine Thiallier et à l'interprétation de deux Chorals par Michel Chapuis. Johann Peter Kellner : "Was Gott tut, das ist wohlgetan". Christian Heinrich Rinck : Partita sur le choral : "Freu dich sehr, o meine Seele" (Psaume 43).
Enregistré en mai 2001.


Jacques Béraza, titulaire de l'orgue de Riepp de Dole de 1955 à 2019


Jacques Béraza, né en 1931 à Pau (Pyrénées-Atlantiques), est un organiste français renommé, titulaire de l'orgue Riepp de la Collégiale Notre-Dame de Dole (Jura) de 1955 à 2019. Il a commencé ses études musicales par le piano dès son jeune âge, avant de se tourner vers l'orgue. Installé à Dole depuis environ 1954, il est devenu une figure emblématique de la ville, qualifié de « grande mémoire » locale pour son engagement dans la promotion du patrimoine organistique.

Formation et Débuts

Jacques Béraza débute l'apprentissage du piano enfant, puis se spécialise dans l'orgue. Sa formation le mène à une maîtrise du répertoire baroque, avec une prédilection pour les compositeurs français et allemands comme François Couperin, Dietrich Buxtehude et Jean-Sébastien Bach. En 1955, il est nommé titulaire de l'orgue historique Riepp (1754) de la Collégiale de Dole, un instrument qu'il décrit comme un monument impressionnant, unique par ses sonorités et préservé dans un état proche de l'origine, permettant une interprétation authentique de la musique française du XVIIIe siècle.

Carrière à Dole et Contributions

Dès 1958, il collabore à la restauration de l'orgue avec Michel Chapuis (originaire de Dole) et le facteur Philippe Hartmann, contribuant à un reclassement partiel des tuyauteries pour rapprocher l'instrument de son état du XVIIIe siècle. Cette intervention marque le début de son engagement pour la sauvegarde des orgues historiques.

Jacques Béraza s'attache à faire découvrir et aimer le répertoire ancien, en tant que pédagogue et concertiste. Il enseigne l'orgue, formant des élèves comme Michel Villeminot (qui explore la musique sur instruments historiques sous sa guidance) et Toni Casalonga (qui se passionne pour l'orgue lors de son installation en Corse). Il co-fonde ou collabore avec l'Association des Amis de l'Orgue de Dole, organisant des concerts accessibles au public pour promouvoir l'instrument, en mettant l'accent sur des programmes variés et harmonieux, évitant les excès de complexité pour attirer un auditoire curieux.

En 1995, il co-écrit l'ouvrage L'Orgue de Dole (préfacé par Michel Chapuis), avec Pierre-Marie Guéritey, Roger Ruty et Jean-Pierre Jacquemart, édité par Canevas Éditeur. Ce livre documente l'histoire et les particularités de l'instrument.

Carrière de Concertiste et Enregistrements

Jacques Béraza donne des récitals sur la plupart des orgues historiques de France et à l'étranger, notamment en Suisse, Allemagne et d'autres pays européens. Parmi ses programmes notables : un récital en 2014 à la Collégiale de Dole avec des œuvres de Couperin, Buxtehude et Bach ; un concert exceptionnel en 2014 à Saint-Jean-de-Losne attirant quatre-vingts auditeurs ; et une participation en 2019 à un événement musical à Dole.

Sa discographie inclut :

  • Danses et Mélodies de la Renaissance au Baroque (Stil discothèque, 1976).
  • Récital Bach (Stil discothèque, 1985).
  • Orgues du Jura Franco-Suisse, vol. 1 (K617, 1999, avec Étienne Baillot).
  • L’Orgue de Dole (K617, 1999, avec Étienne Baillot).
  • Autres enregistrements, comme des pièces de Buxtehude et Daquin pour des compilations radio historiques.

Jacques Béraza reste une référence pour l'interprétation authentique sur orgues historiques.


Matthieu Boutineau

Matthieu Boutineau est l’organiste titulaire de l’orgue Karl Joseph Riepp de la collégiale Notre-Dame de Dole (Jura) depuis octobre 2025.

Il a donné son concert d’installation / récital en tant que nouveau titulaire le 10 mai 2026 sur cet instrument historique (construit entre 1750 et 1754).

  • Avant lui, Pierre Pfister était le titulaire (au moins jusqu’en 2021-2022), avec Jean-Luc Ho et Guillaume Prieur nommés organistes adjoints en 2021/2022.
  • Plus anciennement, Jacques Béraza a été titulaire pendant de très nombreuses années (depuis 1955), et Étienne Baillot a aussi exercé des fonctions importantes à la tribune (il est par ailleurs président de l’association Les Amis de l’Orgue de Dole).

Origines et formation

Matthieu Boutineau est un organiste, claveciniste et facteur d’instruments français, originaire des Deux-Sèvres (Poitou).

Il a découvert l’orgue auprès d’Olivier Vernet et Francis Jacob, puis le clavecin avec Blandine Verlet, Olivier Houette, Aline Zylberajch, Olivier Baumont et Jan Willem Jansen. Il s’est également formé à la musique ancienne auprès de Jean Maillet.

Musicien polyvalent, il se sent à l’aise aussi bien sur les claviers anciens (clavecin, orgue historique, clavicytherium) que sur l’orgue symphonique ou le pianoforte.

Prix et distinctions

  • Premier Prix du Concours d’orgue de Bellelay (Suisse) en 2010.
  • En 2015, avec l’ensemble L’Escadron Volant de la Reine (aux côtés de Josèphe Cottet, Fiona-Emilie Poupard et Antoine Touche), il remporte le Premier Prix et le Prix du Public du 1er Concours international de musique ancienne du Val de Loire, présidé par William Christie.

Carrière d’organiste titulaire

Dans ses Deux-Sèvres natales, il a successivement été :

  • Titulaire de l’orgue Callinet-Ducroquet de Notre-Dame de Niort ;
  • Responsable de la vie artistique de l’orgue Aubertin de Saint-Loup-sur-Thouet.

Il a également participé longtemps à la vie musicale de l’orgue Renaissance de l’abbatiale de Saint-Savin (Hautes-Pyrénées), l’un des plus anciens instruments de France (XVIe siècle).

Il est ensuite devenu l’un des organistes de l’orgue historique de Pesmes (Haute-Saône, instrument de 1727).

Depuis octobre 2025, il est organiste titulaire du grand orgue Karl Joseph Riepp (1750-1754) de la collégiale Notre-Dame de Dole (Jura). Son concert d’installation a eu lieu le 10 mai 2026.

Concertiste et continuiste

Matthieu Boutineau est régulièrement invité comme soliste et comme continuiste au sein de nombreux ensembles de musique ancienne de premier plan, notamment :

  • Pygmalion (Raphaël Pichon)
  • Correspondances (Sébastien Daucé)
  • Mensa Sonora (dont il est co-directeur artistique depuis 2015 avec Gabriel Grosbard)
  • Faenza
  • Les Ambassadeurs
  • Gli Incogniti, I Gemelli, Les Surprises, Le Stagioni, etc.

Il s’est produit dans des salles et festivals prestigieux : Philharmonie de Paris, Concertgebouw d’Amsterdam, Philharmonies de Vienne, Berlin et Varsovie, Palau de la Música (Barcelone), Théâtre Bolchoï de Moscou, Festival de Salzbourg (2018 et 2019, pianoforte avec le Mozarteumorchester sous la direction de Raphaël Pichon), ainsi que sur de nombreux orgues historiques français (Poitiers, Sarlat, Saint-Antoine-l’Abbaye, La Chaise-Dieu, Souvigny, Cucuron, Dole…).

Discographie (sélection)

Il participe à de nombreux enregistrements de référence :

  • L’Astrée (Alpha) – ensemble Faenza
  • Amorosa Fenice (Agogique) – ensemble Faenza
  • L’Estro Vivaldiano (Passacaille) – ensemble Mensa Sonora
  • Motets de Bach (Harmonia Mundi) – Pygmalion
  • Bach / Haendel avec Sabine Devieilhe (Erato) – Pygmalion
  • Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach (Harmonia Mundi) – Pygmalion
  • Messe à quatre chœurs de Charpentier (Harmonia Mundi) – Correspondances
  • Membra Jesu Nostri de Buxtehude (Harmonia Mundi) – Correspondances
  • Les Concerts royaux de François Couperin, transcription à deux clavecins avec Pierre Gallon (Harmonia Mundi, 2024)

Enseignement

Depuis septembre 2024, il enseigne l’orgue et le clavecin à l’École départementale de musique de Haute-Saône (sites de Luxeuil-les-Bains et Lure).

Facture instrumentale et entreprise « 415 Claviers »

Passionné depuis l’enfance par la facture d’instruments, Matthieu Boutineau s’est installé dans le Jura (à Dole) pour approfondir cet art auprès des facteurs Denis et Marie Londe, Gérald Cattin et Julien Bailly.

En 2019, il a fondé l’entreprise 415 Claviers (SARL basée à Dole), qui regroupe :

  • La restauration et l’entretien de clavecins ;
  • La location d’instruments à clavier (clavecins, etc.) ;
  • Un atelier de facture.

Des ensembles et institutions prestigieuses lui font confiance pour l’entretien et la location d’instruments (Pygmalion, Correspondances, Opéra National de Bordeaux, Théâtre du Capitole de Toulouse, Festival de musique baroque du Jura, etc.).

Portrait synthétique

Matthieu Boutineau incarne une génération de musiciens pour qui l’interprétation, la connaissance des instruments historiques et la facture forment un tout indissociable. Organiste avant tout, excellent continuiste et claveciniste, il a récemment pris la tribune de l’un des plus beaux orgues français du XVIIIe siècle (le Riepp de Dole), tout en développant une activité artisanale de facture et de restauration dans le Jura, sa région d’adoption.

Sources principales : site officiel 415claviers.fr, notices de concerts (La Chaise-Dieu, Amis de l’Orgue de Dole, Harmonia Mundi), presse locale (Le Progrès, 2025-2026).