Conquête puis reconquête de la Franche-Comté par Louis XIV

La Franche-Comté, alors comté de Bourgogne sous domination espagnole (héritage des Habsbourg), est une région stratégique frontalière avec la France, riche en ressources et en positions militaires. Louis XIV, dans sa politique expansionniste, la conquiert à deux reprises : une première fois en 1668 lors de la guerre de Dévolution, suivie d'une restitution temporaire, puis définitivement en 1674 pendant la guerre de Hollande. Ces événements marquent la fin de l'indépendance comtoise et l'intégration au royaume de France par le traité de Nimègue (1678). Dole, capitale historique et symbole de résistance, subit un déclin majeur : sièges militaires, démantèlement de ses fortifications et transfert de ses institutions vers Besançon. Voici un aperçu chronologique détaillé.

La première conquête (1668) : la guerre de Dévolution

En février 1668, Louis XIV, invoquant des droits successoraux sur les possessions espagnoles (via son mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche), lance une offensive rapide sur la Franche-Comté, profitant de la faiblesse espagnole après la guerre franco-espagnole de 1659. L'armée française, commandée par le prince de Condé (Louis II de Bourbon), compte environ 15 000 hommes et conquiert la province en quinze jours (du 3 au 19 février).

  • Siège de Besançon : La ville, défendue par seulement 600 soldats espagnols et miliciens, capitule après neuf jours de siège (du 2 au 11 mai, selon certaines sources, mais en réalité intégré à la campagne de février). Vauban, ingénieur du roi, inspecte les lieux et propose des améliorations pour la citadelle.
  • Siège de Dole : Capitale comtoise, Dole résiste brièvement mais capitule après trois jours seulement, face à une armée supérieure. Louis XIV ordonne la destruction des fortifications pour affaiblir la province, mais l'exécution est limitée. La ville conserve temporairement ses privilèges, mais le roi supprime le parlement et l'université, les transférant symboliquement.

Cependant, par le traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668), sous pression des Provinces-Unies et de l'Angleterre, la Franche-Comté est restituée à l'Espagne. Les Comtois, révoltés contre les autorités espagnoles, restaurent les fortifications de Dole et Gray, et renforcent Besançon comme place forte principale.

La reconquête (1674) : la guerre de Hollande

En 1672, la guerre de Hollande oppose la France à une coalition incluant l'Espagne. Louis XIV relance l'offensive sur la Franche-Comté pour sécuriser ses frontières et empêcher une alliance hostile. La campagne, plus méthodique, dure six mois et mobilise environ 20 000 hommes sous Condé et Vauban.

  • Siège de Besançon (avril-mai 1674) : Besançon, renforcée depuis 1668, est assiégée du 22 avril au 15 mai. Vauban dirige les travaux de sape ; la ville capitule après de lourdes pertes (environ 2 000 morts français), marquant un tournant. Louis XIV y entre victorieux et ordonne la poursuite vers Dole.
  • Siège de Dole (mai-juin 1674) : Après Besançon, le duc d'Enghien (futur Grand Condé) assiège Dole du 26 mai au 6 juin. La ville, défendue par environ 3 000 hommes (Espagnols, Comtois et Impériaux) sous Sigismond d'Este de Borgomanero, résiste farouchement grâce à ses bastions conçus par Precipiano. Vauban supervise les opérations : tranchées près de la porte de Besançon, mines explosives créant une brèche le 6 juin. Dole perd la moitié de ses défenseurs et capitule le même jour ; les survivants défilent avec honneurs devant le roi. La conquête s'achève avec la prise de Salins et Arbois le 19 juin.

La province est définitivement annexée par le traité de Nimègue (1678), intégrant le royaume de France.

Le destin de la ville de Dole après les conquêtes

Dole, "capitale dolente" et symbole de l'identité comtoise, subit un déclin programmé par Louis XIV pour centraliser le pouvoir et prévenir les révoltes.

  • Démantèlement des fortifications : Immédiatement après 1674, Vauban, sur ordres du roi, supervise la destruction partielle des remparts bastionnés (construits au XVIe siècle). Initialement envisagé comme place forte, Dole est jugée moins stratégique que Besançon ; les travaux s'étendent jusqu'en 1688, éliminant bastions, courtines et fossés. Des vestiges subsistent (porte d'Arans, courtines), classés monuments historiques.
  • Transfert des institutions et perte du statut de capitale : En 1676, le parlement, l'université (fondée en 1423) et la chambre des comptes sont supprimés à Dole et transférés à Besançon, choisie comme nouvelle capitale pour sa position défensive et sa loyauté relative. Louis XIV présente cela comme une "restauration" des privilèges, mais c'est une mesure punitive. Dole perd son rôle administratif et universitaire, devenant une ville secondaire.

Ces conquêtes illustrent la stratégie absolutiste de Louis XIV : expansion territoriale et centralisation. Dole, autrefois "presque invincible", symbolise la résistance comtoise mais paie le prix de sa loyauté espagnole, avec un héritage patrimonial encore visible aujourd'hui.