La ville de Dole, nichée dans le département du Jura en Bourgogne-Franche-Comté, possède une histoire riche et complexe qui s’étend sur plus de deux millénaires. Cette synthèse retrace son évolution à travers les grandes périodes historiques, en s’appuyant sur des sources fiables pour offrir un panorama complet et détaillé.
Antiquité : Les origines celtiques et romaines
Les premières traces d’occupation à Dole remontent à
l’Antiquité, avec des indices de peuplements celtiques, tels qu’un autel païen
et une nécropole découverts lors de fouilles archéologiques au Champ noir. Des
toponymes comme « rue des Arènes » (amphithéâtre), « Les Commards » (cirque),
et « Vieux-marché » (forum) suggèrent une présence romaine. Les fouilles du
XIXe siècle ont révélé des artefacts romains, notamment des tuiles, des
pavements, des meubles, des armes, des monnaies de haut-empire, des médailles
des empereurs Claude et Victorin, une statuette de Pomone, des ossuaires, des
piliers cannelés représentant Romulus et Remus, une terrasse de la via Agrippa,
et une tombe avec un éléphant et l’inscription « pontia praeposita de dola ».
Une pièce de Marseille trouvée à Goux représente Gyptis, co-fondatrice ligure
de Marseille. Cependant, des prospections aériennes de 1976 indiquent plutôt un
peuplement rural qu’un centre urbain, remettant en question l’ampleur de
l’urbanisation romaine (Dole (Jura) — Wikipédia).
En 293 apr. J.-C., l’empereur Constance Chlore installe les
Chamaves, un peuple germanique d’Overijssel (Pays-Bas), dans la région. En 355,
des hordes germaniques envahissent et pillent la zone. Le premier temple
chrétien, sous Saint-Étienne, est construit à Plumont. Au Ve siècle, les
Burgondes (d’origine germanique) s’installent, avec des chapelles chrétiennes à
Saint-Ylie (sous Saint Martin de Tours) et Azans (sous Saint Germain de
Besançon), cette dernière servant d’église paroissiale jusqu’au début du XIIe
siècle, lorsque la chapelle Saint-Georges est érigée. Le village de Goux, dont
le nom dérive de « gothorum (castrum) » signifiant « camp des Goths », indique
une garnison gothe des IVe-Ve siècles, soulignant l’importance stratégique de
la région.
Moyen Âge : Une capitale comtoise en essor
Haut Moyen Âge
En 501, sous le roi Gondebaud, Dole devient la capitale du
pagus Amaous, probablement le canton des Chamaves, une subdivision
administrative du royaume de Bourgogne. Ce pagus devient un comté jusqu’au Xe
siècle, avec l’administration, la justice et le commandement militaire dirigés
par le comte d’Amaous et ses lieutenants de Neublans, qui adoptent le nom de
Dole. Il est divisé en trois prévôtés menées par des barons-assesseurs. La
ville se développe comme un centre religieux : au VIIe siècle, elle devient un
archiprêtré, et au VIIIe siècle, un archidiaconé. Les Bénédictins fondent un
monastère à Jouhe et un oratoire sous Notre-Dame à Mont-Roland au VIIIe siècle.
Au IXe siècle, une église sous Saint-Hilaire est construite à Saint-Ylie avec
ses reliques, et un prieuré à Saint-Vivant. La région subit des raids normands
menés par Hasting, reflétant les troubles de l’époque (Dole (Jura) —
Wikipédia).
Bas Moyen Âge
En 986, le comté de Bourgogne est fondé au sein du royaume
d’Arles, et les comtes se déplacent entre Gray, Poligny et Quingey jusqu’au XIe
siècle, sous Conrad II le Salique, qui établit Dole comme capitale, tandis que
Besançon reste une principauté épiscopale indépendante. La chapelle de
Saint-Ylie est reconstruite en 1092. Le « castellum » de Dole est mentionné la
même année, avec environ 300 habitants au début du XIIe siècle. Le Doubs inonde
la ville 16 fois aux XIe et XIIIe siècles.
Le comte Renaud III (mort en 1148) joue un rôle clé dans le
développement de Dole : il fortifie la ville avec des remparts solides,
construit un pont de pierre, encourage le commerce et l’artisanat, établit une
foire, des moulins sur le Doubs, fonde un monastère cistercien, un prieuré
bernardin, une commanderie templière, l’hospice Saint-Jacques, et fait don des
revenus à l’abbaye Saint-Étienne de Dijon. À sa mort, le comté passe à sa fille
Béatrice et son gendre l’empereur Frédéric Barberousse, qui agrandit le château
d’Amaous.
En 1274, Alix de Méranie, épouse d’Hugues de Châlon, accorde
une charte d’affranchissement à Dole, lui permettant de s’autogouverner via des
échevins dirigés par un vicomte-mayeur._.
En 1286, elle fait construire la chapelle Notre-Dame, qui
devient le nouveau siège paroissial. En 1294, le comte Othon IV, accablé de
dettes, vend le comté au roi Philippe le Bel, qui installe une monnaie à Dole.
En 1304, Mahaut d’Artois, épouse d’Othon IV, obtient du pape Benoît XI un
chapitre de chanoines pour Notre-Dame. À la mort de Philippe le Bel en 1314,
avant l’intégration complète, la fille d’Othon IV, Jeanne, épouse de Philippe
le Long, récupère le comté. En 1323, Jeanne fonde un parlement itinérant
inspiré de celui de Paris. À sa mort en 1330, sa fille Jeanne de France unit le
comté au duché de Bourgogne sous Eudes IV, confirmant les franchises doloises.
Dans les années 1350, après la mort d’Eudes IV, son petit-fils Philippe de Rouvres hérite des deux Bourgognes, avec le roi Jean le Bon comme régent, qui fortifie Dole avec 21 tours et quatre portes. En 1386, Philippe le Hardi fixe le parlement et la chambre des comptes à Dole, renforçant son statut de capitale. En 1422, une université renommée est autorisée par une bulle papale de Martin V, et fondée en 1423 par le duc Philippe le Bon pour les deux Bourgogne. Les premiers étudiants arrivent en 1424. En 1562, l’université compte 268 étudiants, dont 45 Comtois et 223 étrangers, avec des professeurs flamands et italiens. Elle devient un centre d’enseignement important, notamment en droit (Université de Dole — Wikipédia).
Renaissance et époque moderne : Résistance et
bouleversements
XVe siècle : Sièges et reconstruction
Au XVe siècle, Dole est au cœur des luttes pour le contrôle
du comté de Bourgogne. En 1479, pendant la guerre de Succession de Bourgogne,
la ville est assiégée par les troupes françaises de Louis XI, commandées par
Charles d’Amboise, avec 12 000 hommes, dont 6 000 auxiliaires suisses. Les
défenseurs, menés par Hugues de Thoisy et Jean de Toulongeon, résistent
vaillamment. Les Français prennent d’abord les châteaux environnants comme
Rochefort et Gendrey pour isoler Dole. Une embuscade dans la Forêt de Chaux
voit des étudiants dolois tués. Le siège commence après la prise de Rochefort ;
l’artillerie française perce les murs, mais plusieurs assauts sont repoussés.
Finalement, des traîtres alsaciens et ferrettois permettent l’entrée des
Français, qui pénètrent en criant « France ! La France ! La ville est prise !
». Une résistance s’organise à l’église Notre-Dame, mais un massacre s’ensuit.
La ville est pillée pendant deux jours puis incendiée ; les églises de
Notre-Dame et Saint-Martin, les palais de Frédéric Barberousse et de Louis de
Male, ainsi que le parlement sont détruits. Seuls l’église des Cordeliers, la
tour de Vergy et la maison de Jean Vurry survivent. La plupart de la population
est tuée, sauf les riches citoyens rançonnés et quelques fuyards. Douze
derniers défenseurs se réfugient dans la Cave d’Enfer, défendant jusqu’au bout
(Siège de Dole (1479) — Wikipédia).
Capturée le 25 mai 1479, Dole est dévastée. Louis XI
interdit initialement la reconstruction, mais Charles d’Amboise autorise les
survivants à construire des cabanes au-dessus des caves dès le 20 mars 1480.
L’université est déplacée à Besançon en 1481, puis à Poligny en 1483, avant de
revenir à Dole en 1484 sous Charles VIII. Le parlement est transféré à Salins
le 9 août 1480 et revient en 1484. La panique suite à la chute de Dole entraîne
la capitulation de Salins, Poligny, Nozeroy, Luxeuil, Lure et Faucogney, tandis
qu’Arbois, Gray et Vesoul résistent et subissent un sort similaire. Besançon
négocie et nomme Louis XI protecteur, évitant ainsi un siège.
En 1493, par le traité de Senlis, Dole passe sous la
domination des Habsbourg, entrant dans une période de reconstruction et de
prospérité. La ville se pare de façades d’inspiration italienne et de
décorations en pierre polychrome, devenant un bastion de la réforme catholique
face au protestantisme (Dole, toute une histoire).
XVIe et XVIIe siècles : Résistance comtoise
Au XVIe siècle, Dole prospère comme centre administratif et
culturel, avec la construction d’une nouvelle collégiale et d’un clocher
emblématique symbolisant sa résilience. En 1636, lors de la guerre de Dix Ans,
épisode franc-comtois de la guerre de Trente Ans, la ville résiste à un siège
français dirigé par Henri II de Bourbon-Condé. Du 28 mai au 15 août, 15 000
fantassins et 4 000 cavaliers français assiègent Dole, défendue par une
garnison de 600 hommes sous le baron d’Yeuilley, renforcée par des milices
bourgeoises. Malgré 10 000 boulets de canon et 500 bombes endommageant la
ville, l’arrivée d’une armée alliée force les Français à lever le siège. Cet
événement est associé à la devise comtoise « Comtois, rends-toi ! Nenni ma foi
! », bien que certains historiens suggèrent que cette devise pourrait dater du
siège de 1479 (Siège de Dole (1636) — Wikipédia).
Cependant, en 1668, Louis XIV assiège Dole avec 20 000
hommes. La ville, défendue par 1 370 soldats, capitule après trois jours. En
1674, un nouveau siège, du 26 mai au 6 juin, voit Dole tomber après l’explosion
de mines. En 1676, la ville perd son statut de capitale au profit de Besançon,
son parlement et son université (transférée en 1691) suivent, et ses
fortifications, construites par Ambrosio de Precipiano (1541-1551) et
améliorées par Pierre Vernier (1631-1636), sont démantelées par Vauban. Malgré
ces revers, le XVIIe siècle voit la construction de l’Hôtel-Dieu (aujourd’hui
médiathèque) et une prolifération de couvents et hôtels particuliers (Dole,
toute une histoire).
Époque contemporaine : Modernisation et préservation
XVIIIe siècle : Croissance économique
Après une régression initiale suite à la conquête française,
Dole connaît une croissance économique notable au XVIIIe siècle, portée par le
commerce et les activités liées au Doubs, telles que les tanneries et les
moulins, qui perdurent jusqu’au début du XXe siècle (Dole, toute une histoire).
Révolution et XIXe siècle : Bouleversements et
développement
En 1789, la Révolution française abolit les privilèges et la
constitution de Dole. En 1790, une Fête de la Fédération fastueuse est
organisée. De 1791 à 1795, les établissements religieux sont vendus comme biens
nationaux ; certains sont démolis, comme la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours,
ou reconvertis, comme les couvents transformés en hôtels ou prisons. En 1793,
la collégiale devient un Temple de la Raison, et Dole est brièvement chef-lieu
du Jura avant de perdre ce statut en 1795. En 1871, lors de la guerre
franco-prussienne, les Prussiens occupent la ville pendant neuf mois. Les
années 1882-1883 voient la construction de la Halle aux Grains et d’un marché
couvert, symboles de la modernisation. Au XIXe siècle, la ville s’industrialise
avec l’implantation du quartier de la gare et de faubourgs industriels (Dole
(Jura) — Wikipédia).
XXe siècle : Conflits et renouveau
Au début du XXe siècle, Dole est marquée par des mouvements ouvriers entre 1904 et 1910, et des grèves en 1936-1937. Pendant la Première Guerre mondiale, 453 Dolois perdent la vie au combat. En 1940, la ville est bombardée et occupée par les Allemands, placée en zone interdite en 1942. La Résistance s’organise, avec des actes de sabotage en 1943, et Dole est libérée le 6 septembre 1944 par le 117e régiment de cavalerie américain. Après la guerre, des grèves éclatent en 1947-1948. En 1953, les communes d’Azans et Saint-Ylie sont rattachées à Dole, suivies de Goux en 1974. En 1962, un décret préfectoral officialise le nom « Dole » sans accent circonflexe. De 1977 à 1990, des projets municipaux modernisent la ville, avec la construction de nouveaux bâtiments pour les archives, un port fluvial et le pont de la Corniche. En 2000, la médiathèque et l’aquaparc Isis sont inaugurés (Dole (Jura) — Wikipédia).
Aujourd’hui : Un patrimoine vivant
En 1967, un secteur sauvegardé de 114 hectares est créé pour
préserver le centre historique, menant à des restaurations et à l’obtention du
label Ville d’art et d’histoire en 1992. Aujourd’hui, Dole est une destination
touristique prisée, avec des sites emblématiques comme la Collégiale
Notre-Dame, le canal des Tanneurs et la maison natale de Louis Pasteur. Le
circuit du Chat Perché guide les visiteurs à travers ses ruelles pittoresques,
tandis que des musées et des événements culturels perpétuent son riche
héritage. Le sanctuaire de Mont-Roland, situé à 5 km, attire également des
pèlerins (Dole, toute une histoire).
Tableau chronologique des événements majeurs
Période
Événement
Antiquité
Peuplements celtiques et romains ; installation des Chamaves (293 apr. J.-C.).
501
Dole devient capitale du pagus Amaous.
1092
Première mention du « castellum » de Dole.
1274
Charte d’affranchissement accordée par Alix de Méranie.
1423
Fondation de l’université de Dole.
1479
Siège par Louis XI ; ville détruite.
1493
Passage sous domination des Habsbourg (traité de Senlis).
1636
Résistance au siège français ; devise comtoise.
1678
Conquête par Louis XIV ; perte du statut de capitale.
1789
Abolition des privilèges lors de la Révolution.
1871
Occupation prussienne pendant neuf mois.
1944
Libération par les forces américaines.
1967
Création du secteur sauvegardé pour la préservation patrimoniale.
1992
Label Ville d’art et d’histoire.
Conclusion
L’histoire de Dole est celle d’une ville résiliente, qui a
su se relever de multiples épreuves pour devenir un joyau patrimonial. De ses
origines celtiques à son rôle de capitale comtoise, en passant par les sièges
dévastateurs et la modernisation contemporaine, Dole incarne un mélange unique
d’histoire et de culture. Ses monuments, musées et traditions continuent
d’attirer visiteurs et chercheurs, faisant de la ville un témoignage vivant de
la Franche-Comté.