Le Chapitre des Chanoines de Dole est étroitement lié à la collégiale Notre-Dame, église emblématique de la ville de Dole (Jura), ancienne capitale de la Franche-Comté. Fondé au Moyen Âge, ce chapitre était une communauté de chanoines séculiers chargée de l'administration spirituelle et temporelle de l'église, avec des responsabilités liturgiques, éducatives et patrimoniales. Son histoire s'étend du XIIIe siècle jusqu'à la Révolution française, marquée par des fondations comtales, des évolutions architecturales et une dissolution brutale en 1790.
Origines et fondation (XIIIe-XIVe siècles)
Les premières tentatives de création d'un chapitre à Dole
remontent à 1277, lorsque Alix de Méranie (ou Adélaïde Ire de Bourgogne),
comtesse de Bourgogne, exprime dans son testament le souhait de transférer le
chapitre de chanoines de Poligny à Dole, pour renforcer le prestige religieux
de la ville. Cependant, les autorités ecclésiastiques s'y opposent, et le
projet n'aboutit pas immédiatement.
C'est en 1304 que le chapitre est officiellement fondé par
Mahaut d'Artois, comtesse de Bourgogne et épouse d'Othon IV. Elle obtient du
pape Benoît XI l'érection de l'église paroissiale Notre-Dame en collégiale,
dotée d'un chapitre composé initialement de douze chanoines et de quatre
chapelains perpétuels. Cette fondation vise à honorer la mémoire de son époux
et à consolider l'influence comtale dans la région. Mahaut d'Artois, figure
historique popularisée par Maurice Druon dans Les Rois maudits, marque
ainsi l'élévation de Dole au rang de centre religieux important, avec des
droits et des biens associés au chapitre.
Développement et apogée (XIVe-XVIIIe siècles)
Au XIVe siècle, sous les ducs de Bourgogne comme Eudes IV
(décédé en 1350) et Philippe de Rouvres, le chapitre s'enrichit de biens et de
privilèges, intégrant l'église dans le réseau des institutions bourguignonnes.
Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1396-1467), contribue indirectement en
renforçant les fortifications et institutions de Dole, favorisant la prospérité
du chapitre.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le chapitre des chanoines de la
collégiale Notre-Dame compte environ une vingtaine de membres, issus souvent de
la bourgeoisie ou de la noblesse locale. Ils gèrent les offices liturgiques,
les biens fonciers et les dîmes, tout en participant à la vie culturelle et
éducative de Dole. Des conflits surgissent parfois, comme avec la municipalité
ou d'autres institutions religieuses (par exemple, des litiges sur les dîmes
avec le chapitre de Besançon). Le chapitre bénéficie d'ajouts architecturaux,
comme la Sainte-Chapelle construite entre 1609 et 1612 pour abriter les hosties
miraculeuses de Faverney, renforçant son rôle spirituel. Des artistes comme
Laurent Pécheux (tableaux de 1753-1781) ou Karl-Joseph Riepp (orgue de
1750-1754) enrichissent l'édifice sous l'égide du chapitre.
Dissolution et évolutions post-révolutionnaires
(XVIIIe-XXIe siècles)
La Révolution française marque la fin du chapitre : en 1790,
la Constitution civile du clergé supprime les chapitres canoniaux en France,
entraînant la dissolution de celui de Dole. L'église est transformée en
entrepôt, puis en Temple de la Raison (1793) et Temple de l'Être suprême
(1794). Les biens du chapitre sont nationalisés et vendus. En 1802, l'édifice
redevient une église catholique, mais sans reconstitution du chapitre, qui
disparaît en tant qu'institution.
Au XIXe siècle, des restaurations commencent, et en 1910, la
collégiale est classée monument historique. En 1951, elle est élevée au rang de
basilique mineure par Mgr Angelo Roncalli (futur pape Jean XXIII). Des travaux
majeurs ont lieu aux XXe et XXIe siècles : restauration de la Sainte-Chapelle
en 1991, de l'extérieur en 1995, et de l'intérieur de 2006 à 2009 sous la
direction de l'architecte Paul Bernoud. Ces efforts préservent l'héritage sans
rétablir le chapitre.
Ce qu'il en reste aujourd'hui
Aujourd'hui, rien ne subsiste formellement du Chapitre des
Chanoines en tant qu'institution : il a été dissous en 1790 et n'a pas été
reconstitué. Cependant, son legs matériel et culturel perdure à travers la
basilique Notre-Dame de Dole, qui reste un témoignage vivant de cette histoire.
Rattachée au diocèse de Saint-Claude et à la paroisse Notre-Dame de Dole-ville,
elle sert de lieu de culte actif, avec des messes régulières, et accueille des
événements culturels comme des expositions (par exemple, "La Collégiale
des peintres du XVIIe siècle au XXIe siècle" en 2009 au Musée des
beaux-arts de Dole).
Vestiges architecturaux et patrimoniaux
- La
basilique Notre-Dame : Édifice principal, hybride
gothique-Renaissance, avec un clocher-porche de 73 mètres. Classée
monument historique depuis 1910, elle est en excellent état grâce aux
restaurations récentes (2006-2009). Usage : culte, visites touristiques et
concerts (notamment autour de l'orgue Riepp, restauré et utilisé pour des
récitals).
- La
Sainte-Chapelle : Construite en 1609-1612, elle abrite des peintures
murales de Charles Chauvin (1860) et des vitraux du XIXe siècle. Restaurée
en 1991, elle est intégrée à la basilique et sert d'espace de prière et de
dévotion.
- Mobilier
et œuvres d'art : Le jubé sculpté par Denys Le Rupt (1560-1568),
l'orgue de Riepp (1750-1754, modifié au XIXe siècle), des tableaux de
Pécheux, et des vitraux modernes (Jacques Le Chevallier en 1957, Jacques
Grüber en 1933). Ces éléments sont bien conservés et visibles, contribuant
à l'attrait touristique.
- Chapelles
latérales : Une dizaine de chapelles réaménagées au XIXe siècle et
restaurées récemment, dédiées à des saints (ex. Notre-Dame-de-Pitié,
Saint-Joseph) ou à des commémorations (victimes de la Première Guerre
mondiale). Elles servent à des dévotions personnelles et collectives.
- Mémoire
historique : Une plaque dans la chapelle Saint-Vernier commémore les
ecclésiastiques guillotinés sous la Révolution, rappelant l'impact sur le
chapitre. La "Fresque des Dolois" inclut Mahaut d'Artois,
fondatrice, perpétuant sa mémoire dans l'espace public.
En somme, bien que le chapitre n'existe plus, la basilique
Notre-Dame de Dole incarne son héritage, équilibrant fonctions religieuses,
patrimoniales et touristiques dans une ville attachée à son passé comtois.