I. Contexte historique général
La guerre franco-prussienne (19 juillet 1870 – 28 janvier
1871) oppose la France de Napoléon III à une coalition d’États allemands
dirigée par la Prusse, sous l’égide d’Otto von Bismarck et du général Helmuth
von Moltke. Après les défaites françaises initiales (Sedan, 2 septembre 1870)
et la chute de l’Empire, la République est proclamée le 4 septembre 1870,
entraînant une guerre populaire dans l’est de la France. Le conflit s’achève
par le traité de Francfort (10 mai 1871), cédant l’Alsace et une partie de la
Lorraine à l’Empire allemand.
Dole, ancienne capitale de la Franche-Comté située dans le
Jura, n’est plus une place forte majeure en 1870, mais sa position stratégique
(proximité de Besançon, axe Dijon-Suisse, présence du Doubs et du canal du
Rhône au Rhin) en fait une cible dans la progression prussienne. Avec environ
12 000 habitants, la ville est un centre économique et culturel régional, mais
elle est mal préparée militairement.
II. La guerre à Dole : événements clés
1. Approche des Prussiens (automne 1870)
Après la chute de Strasbourg (28 septembre 1870) et les
défaites en Alsace-Lorraine, les Prussiens avancent en Franche-Comté. En
novembre 1870, leurs troupes (probablement du XIVe Corps d’August von Werder)
sont signalées près de Dole, à Authume et Monnières. La ville se prépare à une
invasion imminente, tandis que l’armée de Giuseppe Garibaldi, venue soutenir la
France depuis Autun, passe brièvement dans la région avant de se retirer vers
Dijon.
2. Les combats du 21 janvier 1871
Contexte
Le 21 janvier 1871, une semaine avant l’armistice national,
Dole est attaquée par les Prussiens dans une opération visant à sécuriser le
Jura. Les Dolois organisent une défense désespérée face à une force ennemie
bien supérieure.
Dispositif militaire
- Défenseurs
français :
- Effectif
: 1 000 à 1 500 hommes (estimations).
- Composition
: Garde nationale (civils mobilisés), gendarmes à cheval,
sapeurs-pompiers, fantassins réguliers, zouaves.
- Armement
: Fusils Chassepot (portée 1 200 m, munitions limitées), baïonnettes,
quelques canons légers (4 ou 12 livres).
- Positions
: Pont sur le Doubs, place Grévy (ex-place aux Fleurs), rues du centre
pour des embuscades.
- Forces
prussiennes :
- Effectif
: 2 000 à 3 000 hommes (détachement du XIVe Corps).
- Composition
: Infanterie (fusils Dreyse), artillerie (canons Krupp), cavalerie
légère.
- Tactique
: Bombardement initial, assaut frontal, flanquement des faubourgs.
Déroulement
- Phase
initiale : Les Dolois défendent le pont sur le Doubs, infligeant des
pertes avec les Chassepot. L’artillerie prussienne (dont un obus reste
fiché dans une façade de la rue du 21-Janvier) brise cette résistance.
- Combats
urbains : Les affrontements se déplacent dans la ville (place Grévy,
ruelles). Les défenseurs, retranchés, luttent au corps-à-corps mais
manquent de coordination et de munitions.
- Issue
: Les Prussiens triomphent en fin de journée. Pertes : 245 morts côté
français, 160 côté prussien.
Analyse
La bravoure des Dolois est notable, mais leur infériorité
numérique, l’absence de Garibaldi et le manque d’équipement lourd
(mitrailleuses, fortifications) les condamnent. Les Prussiens, méthodiques,
exploitent leur artillerie et leur discipline pour une victoire rapide.
3. L’occupation prussienne (janvier – octobre 1871)
Organisation militaire
- Garnison
: 300 à 500 soldats prussiens (infanterie, cavalerie légère).
- Contrôle
: Pont sur le Doubs, routes vers Besançon et Dijon, canal du Rhône au
Rhin.
- Discipline
: Stricte, mais incidents isolés possibles (pillages, violences).
Administration et réquisitions
- Autorité
: Supervision des autorités locales (maire) par un officier prussien.
- Réquisitions
:
- Vivres
: Pain, viande, vin, fourrage, causant des pénuries.
- Logement
: Soldats cantonnés chez l’habitant et dans des bâtiments publics.
- Matériel
: Chevaux, chariots, outils.
- Taxes
: Contributions financières imposées à la ville.
- Impact
économique : Désorganisation des marchés, commerce entravé.
Vie sous l’occupation
- Conditions
: Pénuries alimentaires, hiver rude, tensions avec les soldats.
- Résistance
passive : Cache de vivres, pamphlets anti-prussiens, rassemblements
discrets.
- Incidents
: Altercations sporadiques, punitions collectives (amendes, arrestations).
Fin de l’occupation
Le retrait prussien s’effectue en octobre 1871, lié au
paiement des indemnités de guerre (5 milliards de francs-or). L’économie locale
reste fragilisée, et un sentiment anti-allemand perdure.
III. Éclairage des travaux d’Annie Gay
Annie Gay, historienne de Dole et de la Franche-Comté,
apporte un éclairage précieux :
- Dole
pas à pas (1993) : Avec Jacky Theurot, elle décrit la résistance du 21
janvier, soulignant l’absence de Garibaldi et l’implication des habitants.
- Hauts
lieux de l’Histoire en Franche-Comté (2020) : Elle inscrit 1870 dans
une tradition de résilience doloise (sièges de 1479, 1636).
- Histoire
de Dole (2003) : Elle note l’impact social et patriotique du conflit,
renforçant l’identité locale.
Bien que ses travaux ne détaillent pas l’obus ou
l’occupation, ils contextualisent la guerre dans l’histoire longue de Dole.
IV. Impact et mémoire
- Patriotisme
: Le 21 janvier devient un symbole, célébré (150e anniversaire en 2021,
rue baptisée en 1898).
- Patrimoine
: L’obus de la rue du 21-Janvier et une toile d’Eugène Chalon (musée des
Beaux-Arts) témoignent des combats.
- Conséquences
: Ressentiment anti-allemand durable, identité doloise renforcée.
V. Conclusion
La guerre de 1870 à Dole est marquée par une résistance
héroïque mais vaine le 21 janvier 1871, suivie d’une occupation de neuf mois
qui impose privations et tensions. Militairement, l’asymétrie des forces est
criante ; socialement, elle forge une mémoire collective forte. Les travaux
d’Annie Gay replacent ces événements dans une histoire de résilience, tandis
que des vestiges matériels et commémorations perpetuent leur souvenir.